Les œuvres d’art et l’accessibilité esthétique pour les personnes aveugles

quelques stratégies inventives

  • Raquel Guerreiro doctorante au programme d’études supérieures en psychologie sociale et institutionnelle à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul au Brésil
  • Virgínia Kastrup docteure en psychologie, professeure à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro au Brésil

Abstract

De nos jours, l’accessibilité pour les personnes aveugles se développe dans les musées d’art et centres culturels du monde entier. L’accessibilité de qualité va au-delà de l’accès à l’information sur les œuvres et de la reconnaissance des formes. Le but de cet article est d’analyser quelques stratégies d’accessibilité esthétique créées pour les personnes aveugles, en prenant en compte des aspects de leur fonctionnement cognitif. D’abord, on analysera quelques aspects cognitifs de personnes aveugles et le fonctionnement de l’attention dans l’expérience esthétique, sur la base des études de Depraz, Varela et Vermersch. Face à une œuvre d’art, le geste de chercher est remplacé par des gestes de suspension, de redirection et de réceptivité active. Pour explorer le concept d’accessibilité esthétique, nous prenons comme objet d’analyse l’exposition Yayoi Kusama: obsessão infinita (Yayoi Kusama: obsession infinie) qui a eu lieu au Centre Culturel de la Banque du Brésil, à Rio de Janeiro en 2014. L’analyse des stratégies d’accessibilité utilisées est fondée sur les concepts de traduction (Despret, 2002; Julien, 2009) et de felt meaning (Petitmengin, 2007). À partir des idées de Jullien et Despret, on conçoit la traduction comme la production d’équivalents, dont l’objectif est de passer des sémiotiques visuelles aux sémiotiques non visuelles. Le felt meaning doit être le guide de la traduction. Accéder au felt meaning signifie toucher la dimension créatrice de l’expérience, qui existe en deçà des différents sens. On conclut que les stratégies multisensorielles utilisées pour la traduction d’œuvres visuelles de l’exposition de Kusama sont capables de créer des équivalents et un plan commun entre l’expérience des personnes aveugles et celle des personnes voyantes devant les œuvres d’art, sans chercher à éliminer leurs différences.

Author Biographies

Raquel Guerreiro, doctorante au programme d’études supérieures en psychologie sociale et institutionnelle à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul au Brésil

Raquel Guerreiro est doctorante au programme d’études supérieures en psychologie sociale et institutionnelle à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul au Brésil. Membre du Groupe de recherche Corps, Art et Clinique, elle se penche dans le cadre de son projet de recherche doctorale sur les rapports micropolitiques entre le handicap et les corps, en tenant compte la perspective de genre et en soulignant la puissance inventive des corps handicapés. Elle est membre du Mouvement des femmes handicapées Inclusivass, à Porto Alegre, Rio Grande do Sul. Elle est titulaire d’une maîtrise en psychologie du programme d’études supérieures en psychologie de l’Université fédérale de Rio de Janeiro au Brésil. Sous la direction de Virgínia Kastrup et à titre de membre des projets de recherche Rencontres Multissensoriels, au Musée d’Art Moderne de Rio de Janeiro (MAM-RJ), et Expérience esthétique et transmodalité : fondements cognitifs pour les musées accessibles aux personnes aveugles, elle a travaillé sur les stratégies d’accessibilité esthétique pour les personnes aveugles employées par le Centre Culturel de la Banque du Brésil, à Rio de Janeiro. Elle a publié l’article « Aesthetic accessibility and tactile images of works of art » avec Virgínia Kastrup dans la revue française Terra Haptica. Cet article a été présenté à la conférence Blind Creations, en 2015. Raquel travaille aussi comme psychologue clinicienne.

Virgínia Kastrup, docteure en psychologie, professeure à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro au Brésil

Virgínia Kastrup est docteure en psychologie, professeure à l’Institut de psychologie de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro au Brésil et directrice de thèses au programme d’études supérieures en psychologie — Cognition et subjectivité. Elle est chercheuse au CNPq/Brasil et membre fondatrice du NUCC - Nucleo de Pesquisa Cognição e Coletivos (Groupe de recherche Cognition et Collectifs). Ses recherches s’articulent autour de la cognition inventive, des arts et du handicap visuel. Elle a publié en français le livre Histoires de cécités, avec Laura Pozzana, et l’ouvrage Exercices du voir et du non voir, dirigé avec Marcia Moraes, tous les deux par la maison d’édition Les doigts qui rêvent. Elle a publié le chapitre « Images mentales de personnes aveugles congénitales et précoces : le cas des images tactiles distales » dans Dire le non-visuel, dirigé par Bertrand Verine (PUL, 2014) et l’article « Le rôle de l’expérience esthétique tactile dans l’apprentissage des personnes handicapées visuelles dans les musées », avec Eliana Sampaio dans Savoirs, en 2012, ainsi que d’autres articles dans des revues spécialisées. En portuguais elle a publié A invenção de si e do mundo (Papirus, 1999; Autêntica, 2007), Cegueira e invenção: cognição, arte, pesquisa e acessibilidade (CRV, 2018) et Políticas da Cognição, avec Silvia Tedesco et Eduardo Passos (Sulina, 2008). Elle a coordonné l’ouvrage Pistas do Método da Cartografia v.1 (Passos, Kastrup e Escóssia, Sulina, 2009) et v.2 (Passos, Kastrup et Tedesco, 2014).

Published
2019-12-19